Article d’opinion

La voix des étudiants dans l’assurance qualité de l’éducation : un pilier stratégique pour un écosystème panafricain durable

Rosália Djedjo

Vice-président pour l’Afrique de l’Ouest – Union des étudiants de toute l’Afrique et
étudiant en master de politique publique et développement local

L’assurance qualité dans l’éducation désigne l’ensemble des politiques, des processus, des mécanismes et des pratiques systématiques adoptés par les établissements d’enseignement et les agences d’assurance qualité dans le but de garantir, de contrôler, d’évaluer et d’améliorer en permanence la qualité de l’enseignement dispensé. Il s’agit là d’un des défis mondiaux auxquels sont confrontés les responsables du secteur de l’éducation, et le continent africain n’échappe pas à cette exigence mondiale d’assurance qualité dans l’éducation, qui va bien au-delà de la simple existence d’une offre éducative.

La mise en place d’un écosystème panafricain solide pour l’assurance qualité dans l’enseignement supérieur nécessite de plus en plus des approches inclusives et participatives, adaptées aux réalités vécues dans les universités et les établissements postuniversitaires. Dans ce contexte, des initiatives continentales telles que l’Harmonisation de l’assurance qualité et de l’accréditation dans l’enseignement supérieur africain (HAQAA), financée par la Commission européenne, ont joué un rôle fondamental dans le renforcement des capacités institutionnelles, la promotion de normes de qualité communes et le soutien à la consolidation des mécanismes africains d’assurance qualité.

Dans de nombreux contextes africains en matière d’assurance qualité dans l’enseignement supérieur, la participation effective des étudiants à ce processus est considérée comme une bonne pratique recommandée plutôt que comme une obligation légale ou procédurale. Par conséquent, à l’heure où l’Afrique s’oriente vers la consolidation de l’Agence panafricaine d’assurance qualité et d’accréditation (PAQAA), il est urgent de placer la participation des étudiants au cœur du processus d’assurance qualité, en l’institutionnalisant dans les instruments législatifs et normatifs qui régissent cette pratique, en tant qu’impératif stratégique.

Il convient de remettre en question, dans l’esprit des responsables et des décideurs des établissements d’enseignement supérieur, l’idée selon laquelle la participation des étudiants à l’assurance qualité serait purement symbolique ou relèverait simplement des bonnes pratiques ; en effet, la présence d’étudiants au sein des comités d’évaluation externe d’une agence d’assurance qualité de l’enseignement supérieur va bien au-delà d’un simple indicateur d’inclusion et de participation.

Les élèves sont les premiers bénéficiaires d’une éducation de qualité. En ce sens, il est indéniable que personne n’est mieux placé qu’eux pour identifier les problèmes existants au sein du système éducatif et proposer des solutions viables et adaptées au contexte. En vivant directement les processus d’enseignement et d’apprentissage, les élèves ont une connaissance concrète des difficultés pédagogiques, institutionnelles et structurelles qui affectent la qualité de l’éducation, ce qui rend leur participation indispensable à la mise en place et à l’amélioration continue du système d’assurance qualité.

Mon expérience en tant qu’étudiant au sein du groupe d’experts chargé de l’évaluation externe du Conseil national pour l’évaluation de la qualité de l’enseignement supérieur du Mozambique (CNAQ), dans le cadre du programme HAQAA3, renforce une conviction fondamentale : il ne peut y avoir d’assurance qualité complète sans une intégration structurée du point de vue des étudiants. Les étudiants ne sont pas de simples bénéficiaires du système d’enseignement supérieur ; ce sont des acteurs clés, détenteurs d’une connaissance empirique du fonctionnement réel des établissements, des défis pédagogiques et des conditions d’apprentissage, ainsi que des acteurs importants dans l’identification et la résolution des problèmes rencontrés.

Ma participation à l’évaluation du CNAQ a été très enrichissante. De la phase préparatoire, marquée par une formation technique, l’analyse des outils d’évaluation et des réunions hebdomadaires de mise au point, jusqu’à la visite sur le terrain, j’ai activement contribué à la lecture critique des rapports d’auto-évaluation, à l’identification des lacunes et à la formulation de recommandations adaptées au contexte. Cette expérience a démontré que, lorsqu’ils sont correctement formés et reconnus comme des membres à part entière du panel, les étudiants apportent rigueur, sensibilité sociale et équilibre aux analyses techniques de la réalité et aux solutions proposées.

D’après les résultats des consultations menées auprès de différentes parties prenantes, des responsables d’établissements, des évaluateurs, des services internes d’assurance qualité, des employeurs et des étudiants, il est apparu clairement que, dans de nombreux contextes africains, la participation des étudiants reste sporadique et mal structurée. En effet, la législation et les instruments juridiques qui régissent le processus d’évaluation de l’enseignement supérieur ne font pas de la participation des étudiants une obligation. Le cas du Mozambique ne fait pas exception : les étudiants ont souligné l’absence de mécanismes d’engagement permanents, ce qui limite l’appropriation du système d’assurance qualité par la communauté étudiante. Néanmoins, les efforts et les réformes menés par l’agence nationale, la CNAQ, pour impliquer les étudiants à différentes étapes de l’évaluation de l’enseignement supérieur sont reconnus.

Ce défi n’est pas propre au Mozambique. Dans plusieurs pays africains, la résistance des institutions à l’organisation des étudiants et à leur intégration dans les processus décisionnels persiste, malgré l’existence de cadres juridiques favorables. Dans certains pays, les mécanismes d’assurance qualité n’ont même pas été adoptés, comme c’est le cas en Guinée-Bissau. Un tel scénario affaiblit la construction d’une culture de la qualité inclusive et compromet la qualité des solutions mises en œuvre pour résoudre les problèmes ainsi que leur adéquation avec le contexte local. La future PAQAA aura donc la responsabilité historique d’établir des normes continentales qui reconnaissent les étudiants comme des partenaires institutionnels, plutôt que comme de simples exemples de bonnes pratiques.

Un autre aspect pertinent mis en évidence lors de l’évaluation externe concernait le lien entre la qualité de l’enseignement et l’employabilité des diplômés. Les échanges avec les employeurs ont révélé que les diplômés formés localement possèdent une solide compréhension du contexte national, mais sont confrontés à des difficultés liées à la composante pratique de leur formation. Ce constat souligne l’importance de la prise en compte de l’avis des étudiants dans les processus d’évaluation, car ce sont eux qui font l’expérience des décalages entre les programmes d’études, les pratiques pédagogiques et les exigences du marché du travail.

Au niveau panafricain, la participation des associations étudiantes à l’évaluation des établissements d’enseignement, au sein de comités d’experts, doit être considérée comme un atout stratégique pour l’harmonisation des systèmes d’assurance qualité. Ces structures disposent d’une capacité de mobilisation, d’une légitimité sociale et d’un savoir accumulé susceptibles de renforcer la mise en œuvre des cadres africains d’assurance qualité. La participation des étudiants aux comités d’experts chargés des évaluations externes contribue à des évaluations plus démocratiques, mieux adaptées au contexte et ayant un impact social plus important.

À cet égard, la création de la PAQAA offre une occasion unique d’institutionnaliser la présence des étudiants au sein des mécanismes continentaux d’assurance qualité. Pour y parvenir, il sera essentiel d’accroître les investissements dans la formation technique des représentants étudiants, de mettre en place des canaux officiels de participation et de veiller à ce que la voix des étudiants soit prise en compte de manière contraignante dans les processus décisionnels.

En conclusion, l’expérience acquise lors de la participation à l’évaluation externe du CNAQ, dans le cadre du programme HAQAA3, confirme que les étudiants sont des coproducteurs de la qualité dans l’enseignement supérieur africain. La mise en place d’un écosystème panafricain d’assurance qualité efficace, légitime et durable dépendra de la capacité à intégrer de manière systématique et significative le point de vue des étudiants. Valoriser cette participation n’est pas seulement une question d’inclusion ; c’est une condition essentielle pour garantir que la qualité de l’enseignement supérieur en Afrique réponde véritablement aux besoins du continent et de ses générations futures.

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