Article d’opinion
De la fragmentation à la cohérence : mettre en place une architecture des données sur l’enseignement supérieur en Afrique

Kibrome M. Haile
Chef de projet pour l’Afrique chez Obreal
La création d’un espace intégré de l’enseignement supérieur (ES) africain repose sur l’existence de données fiables, comparables et pertinentes dans les différents systèmes. Dans ce contexte, le travail de HAQAA3 sur les données de l’enseignement supérieur pour la politique vise à renforcer les fondations régionales nécessaires à un cadre de données continental clair, dirigé par l’Union africaine. Dans toute l’Afrique, la réforme de l’enseignement supérieur se concentre de plus en plus sur l’harmonisation, la mobilité, l’assurance qualité et l’intégration régionale. Les cadres continentaux tels que l ‘Agenda 2063 et la Stratégie continentale pour l’éducation en Afrique (CESA 16-25 dans un passé récent et CESA 26-35 aujourd’hui) présentent une vision ambitieuse. Cependant, un défi persiste : notre capacité à mesurer les progrès de manière cohérente dans les différents pays et régions.
Le problème n’est pas le manque de données. C’est la fragmentation.
Les travaux réalisés dans le cadre de HAQAA2, en particulier la cartographie continentale des systèmes de données sur l’enseignement supérieur, ont révélé un paysage marqué par des capacités inégales, des indicateurs non harmonisés, une interopérabilité limitée et une forte dépendance à l’égard des processus manuels dans de nombreuses régions du continent. Les données existent souvent, mais elles sont cloisonnées. Elles sont contenues au niveau national, incohérentes au niveau régional et rarement alignées sur les cadres continentaux. Cette fragmentation a des répercussions sur les politiques. Sans un ensemble commun d’indicateurs, les efforts d’harmonisation risquent de se transformer en objectifs ambitieux plutôt qu’en résultats mesurables. Le défi est structurel, il implique la gouvernance, la coordination et la capacité, et pas seulement des logiciels ou des modèles de rapport.
HAQAA3 s’attaque intentionnellement à ce défi en partant des régions. De nombreuses communautés économiques régionales (CER) et associations universitaires d’Afrique ont déjà lancé leurs propres initiatives en matière de données régionales, bien qu’à des rythmes différents. Au lieu de créer des systèmes distincts, HAQAA3 s’appuie sur ces structures existantes. La création d’unités régionales de données politiques (PDU) suit cette philosophie : renforcer progressivement les capacités au niveau continental avec le soutien de la Commission de l’Union africaine (CUA), en étroite collaboration avec l’Institut panafricain d’éducation pour le développement (IPED). En ce sens, HAQAA3 ne se contente pas de soutenir les systèmes de données régionaux ; il contribue à créer un écosystème unifié d’informations sur l’enseignement supérieur en Afrique. Cette approche évite d’imposer l’uniformité tout en permettant la comparaison. Elle reconnaît la diversité des régions tout en encourageant la convergence là où elle est la plus importante : les indicateurs, les définitions et les normes de rapport partagés.
Une étape importante de ce processus a été la revitalisation de l’équipe africaine de données sur l’enseignement supérieur (AHEDT). Cette équipe rassemble des experts d’associations universitaires régionales et continentales, d’organismes professionnels, de la CUA et de partenaires internationaux. L’une de ses principales contributions a été l’élaboration d’un ensemble d’indicateurs de base de l’enseignement supérieur en Afrique. Ces indicateurs ne sont pas destinés à copier les cadres de référence externes. Ils combleront plutôt une lacune de longue date : l’absence d’une discussion continentale structurée sur les données relatives à l’enseignement supérieur qui reflète les priorités africaines, notamment la mobilité intra-africaine, la diversité institutionnelle, la dynamique régionale de l’assurance qualité et les défis de l’inclusion propres au continent. En ce sens, le travail est évolutif plutôt que perturbateur. Il aide l’Afrique à exprimer ses propres paramètres tout en restant connectée aux systèmes de données mondiaux.
La capacité est un levier essentiel. L’architecture technique ne suffit pas sans une main-d’œuvre qualifiée. Les programmes de formation de HAQAA3 s’adressent aux fonctionnaires des ministères, des agences d’assurance qualité et des établissements d’enseignement supérieur (EES) qui gèrent HEMIS et les rapports de données. L’objectif est de favoriser une culture de la gouvernance des données, en passant d’un rapport réactif à une analyse politique proactive. L’intégration continentale à long terme reposera sur ces « gestionnaires de données » dans les régions qui savent non seulement collecter des données, mais aussi les interpréter, les valider et les utiliser pour la prise de décisions stratégiques.
À l’avenir, le succès ne se mesurera pas à la création d’une base de données continentale unique, mais à la solidité des systèmes régionaux, à la qualité du fonctionnement des indicateurs et à la manière dont les données factuelles influencent les débats politiques. Des données fiables et pilotées par l’Afrique ne sont pas un luxe technique. Elles sont essentielles pour une véritable harmonisation. Sans cela, l’intégration reste au niveau de la surface. Avec elle, les initiatives régionales peuvent se connecter, le suivi continental peut s’améliorer et l’espace africain de l’enseignement supérieur peut se développer sur la base de preuves partagées. . Le passage de la fragmentation à la cohérence prend du temps. Toutefois, grâce à son approche à plusieurs niveaux, HAQAA3 contribue à jeter les bases d’un système de données dans l’enseignement supérieur africain qui soit à la fois indépendant et collaboratif.






